Berlin 1884–1885 : l’acte fondateur d’un crime international légalisé
Quand l’Histoire devient une scène de crime
Entre novembre 1884 et février 1885, dans les salons feutrés de Berlin, se tient l’un des événements les plus déterminants et les plus destructeurs de l’histoire moderne : la Conférence de Berlin. Présentée comme une réunion diplomatique destinée à organiser le commerce et la paix entre puissances européennes, elle constitue en réalité un acte de spoliation collective, un crime politique prémédité, commis sans témoins africains, sans consentement, et sans légitimité morale.
BlackArtist Limited ne traite pas ce sujet comme un simple rappel historique. Nous le traitons comme une autopsie : identifier les acteurs, comprendre les mécanismes, exposer les mensonges, et relier Berlin 1885 aux fractures africaines actuelles.
I. Le contexte réel : l’Afrique avant Berlin
Contrairement au récit colonial, l’Afrique n’était ni vide, ni sauvage, ni désorganisée. Elle était composée de :
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royaumes structurés (Ashanti, Kongo, Sokoto, Buganda, Éthiopie, Zoulou, etc.)
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empires commerciaux puissants
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systèmes juridiques, diplomatiques et militaires propres
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réseaux économiques internes et transsahariens
L’Afrique n’était pas « en attente » de l’Europe. Elle fonctionnait sans elle.
Mais à la fin du XIXᵉ siècle, l’Europe industrielle a besoin :
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de matières premières bon marché
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de nouveaux marchés
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de débouchés stratégiques
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et surtout d’éviter une guerre européenne née de la concurrence coloniale
C’est cette peur interne, et non un souci africain, qui mène à Berlin.
II. La Conférence de Berlin : qui décide, où, et pourquoi
La conférence est convoquée à l’initiative de Otto von Bismarck, chancelier de l’Empire allemand. Elle réunit 14 puissances : Allemagne, France, Royaume-Uni, Belgique, Portugal, Espagne, Italie, Pays-Bas, Autriche-Hongrie, Russie, Danemark, Suède-Norvège, Empire ottoman et États-Unis.
📌 Fait fondamental :
👉 Aucun Africain n’est invité. Aucun royaume africain n’est représenté.
Les participants ne débattent pas de savoir si l’Afrique doit être partagée, mais comment la partager sans se battre entre eux.
III. Le mécanisme de la supercherie : comment le vol devient légal
La Conférence ne trace pas immédiatement toutes les frontières, mais elle met en place le cadre juridique du pillage, à travers l’Acte général de Berlin (1885). Ce texte repose sur plusieurs piliers clés :
1. Le principe de « l’occupation effective »
Une puissance européenne ne peut revendiquer un territoire africain que si elle y installe :
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une administration
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une présence militaire
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une capacité à exploiter économiquement
➡️ Résultat : course militaire effrénée, violences, guerres de conquête.
2. La reconnaissance mutuelle entre colonisateurs
Toute nouvelle prise de territoire doit être notifiée aux autres puissances signataires.
👉 La légalité ne vient pas des peuples concernés, mais du regard des autres colonisateurs.
3. La liberté de commerce… pour l’Europe
Les bassins du Congo et du Niger sont déclarés zones de libre commerce.
👉 En clair : ouverture totale des ressources africaines, sans souveraineté africaine.
4. Le mensonge humanitaire
Le texte prétend lutter contre l’esclavage et promouvoir le « bien-être moral et matériel des populations indigènes ».
👉 Dans les faits : travail forcé, massacres, déportations, amputations, famines organisées.
IV. Le cas extrême : le Congo, propriété privée d’un roi
Le scandale absolu de Berlin reste la reconnaissance du Congo Free State comme propriété personnelle de Léopold II.
Ce n’est pas une colonie belge.
Ce n’est pas un protectorat.
👉 C’est un pays entier privatisé, géré comme une entreprise de mort.
Bilan historique reconnu :
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plusieurs millions de morts
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mutilations systématiques
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extraction forcée du caoutchouc et de l’ivoire
Berlin n’a pas créé cette horreur.
👉 Berlin l’a rendue possible et légale.
V. Les frontières artificielles : une bombe à retardement
Les lignes tracées après Berlin :
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ignorent les ethnies, langues et alliances
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divisent des peuples
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forcent des cohabitations conflictuelles
Ces frontières ne sont pas des erreurs.
👉 Elles sont des outils de domination.
Les conflits actuels, les guerres civiles, les États fragiles, les coups d’État ne sont pas des preuves d’« incapacité africaine », mais des conséquences directes de ce découpage violent.
VI. Responsabilité historique et silence contemporain
L’un des crimes les plus durables de Berlin est l’amnésie organisée :
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on enseigne peu cette conférence
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on parle de « colonisation » sans parler de préméditation
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on blâme les États africains sans rappeler leur naissance forcée
Berlin n’est pas un accident de l’Histoire.
👉 C’est un projet politique conscient, assumé, signé.
VII. BlackArtist Limited : reprendre le récit confisqué
BlackArtist Limited n’est pas une marque neutre.
C’est une archive vivante, un espace de mémoire active.
Nous refusons :
-
l’oubli comme politique
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la neutralité face à l’injustice
-
la criminalisation des victimes
Nous utilisons l’art, le textile et le verbe pour rappeler une vérité simple :
Quand l’injustice devient loi, la mémoire devient résistance.
Conclusion — Berlin n’est pas fini
Berlin 1885 n’est pas derrière nous.
Il vit :
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dans les frontières
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dans les déséquilibres économiques
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dans les discours qui culpabilisent l’Afrique
Comprendre Berlin, ce n’est pas rouvrir des plaies.
👉 C’est refuser qu’on nous fasse croire qu’elles n’ont jamais existé.
BlackArtist Limited existe pour cela :
nommer, exposer, déranger —
jusqu’à ce que l’Histoire cesse d’être écrite uniquement par les vainqueurs.
