BlackArtist — ARCHIVES / Moramanga 1947
I. Introduction : Le 29 mars 1947, Madagascar debout
Dans la nuit du 29 mars 1947, dans plusieurs régions de l’île de Madagascar — notamment Moramanga, Manakara, Vohipeno — des groupes de patriotes malgaches armés de sagaies, coupe-coupe et armes rudimentaires s’en prennent aux postes militaires et aux symboles du pouvoir colonial français, lançant ce qui deviendra une insurrection à l’échelle nationale.
Ce moment marque un point de rupture dans l’histoire coloniale française et est commémoré depuis comme le symbole du désir d’indépendance de la Grande Île.
II. Contexte politique et social : pourquoi 1947 ?
Après la Seconde Guerre mondiale, Madagascar, comme beaucoup de colonies, ressent une pression croissante pour l’autonomie. Beaucoup de Malgaches, dont des vétérans ayant combattu pour la France, espèrent une reconnaissance politique et sociale après les sacrifices consentis pendant la guerre.
Mais le système colonial reste structurellement injuste :
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travail forcé pour les Malgaches,
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code de l’indigénat appliqué avec arbitraire,
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réquisitions agricoles aggravant la faim,
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absence de voix politique réelle pour les élites malgaches malgré des représentants élus.
Ce terreau d’injustice, de frustration et d’espoir déçu alimente un mouvement qui devient une révolte armée quasi généralisée.
III. L’insurrection, étape par étape
1) Le déclenchement
Le 29 mars, des centaines de Malgaches attaquent des postes militaires, dont celui de Moramanga, sur la ligne ferroviaire entre Antananarivo et Tamatave (Toamasina).
Dès les premières heures, la révolte se propage vers le sud et l’ouest, réunissant des paysans, des anciens combattants, des membres de sociétés nationalistes et de réseaux clandestins comme JINA et Vy Vato Sakelika.
2) La répression
Face à la montée de la révolte, le gouvernement français triplera ses forces à Madagascar, mobilisant jusqu’à 18 000 soldats, souvent composés de troupes coloniales, tirailleurs sénégalais et forces régulières.
La répression se caractérise par :
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fusillades massives,
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destructions de villages,
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arrestations arbitraires,
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torture,
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exécutions sommaires,
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camps d’internement et morts indirectes par famine ou maladie liés au conflit.
3) L’affrontement de Moramanga (5 mai 1947)
L’un des épisodes les plus tragiques et documentés survient le 5 mai 1947 à Moramanga. Là, l’armée française ouvre le feu sur trois wagons de prisonniers malgaches, dans lesquels 166 hommes étaient enfermés. La violence de cette action est souvent citée comme marquant un tournant de la répression coloniale.
IV. Une insurrection, des blessures, des chiffres
L’estimation du nombre de victimes reste controversée parmi les historiens – une illustration directe de la manière dont certains événements coloniaux ont été minoritaires dans les archives officielles :
🟥 Estimates from sources vary widely
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Une estimation très élevée (jusqu’à 80 000 à 100 000 morts) est évoquée par certaines sources françaises anciennes et historiens critiques.
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D’autres travaux, basés sur documents militaires, citent plutôt une fourchette de 15 000 à 40 000 morts.
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Certain rapport espagnol place entre 40 000 et 80 000 morts avec 80 000 déplacés.
Ce flou dans les chiffres n’est pas anodin : il illustre comment les archives coloniales ont été fragmentées, incomplètes, parfois classifiées ou négligées, et pourquoi Madagascar et la France continuent d’en débattre encore aujourd’hui.
🕯️ V. Mémoire et commémoration
À Madagascar, le 29 mars est désormais une journée de mémoire nationale. Des cérémonies et dépôts de gerbes ont lieu chaque année à Moramanga et dans d’autres villes pour honorer les victimes de l’insurrection de 1947.
Cette commémoration est une façon de dire l’Histoire telle qu’elle fut vécue par la population malgache, loin des récits édulcorés ou partiaux. Elle est un acte de résistance contre l’effacement collectif de cette période.
✊🏽 VI. MANIFESTE BLACKARTIST — ARCHIVES / 1947 MORAMANGA
1) Pourquoi faire une pièce Archives / 1947 Moramanga ?
Parce que l’Histoire coloniale n’a pas été pleinement racontée, archivée ni assumée par ceux qui l’ont faite.
Parce que les vêtements peuvent devenir des documents portables, des preuves visuelles et émotionnelles.
Parce que Moramanga n’est pas une anecdote : c’est une marque dans la mémoire collective, avec des faits, des dates, des archives.
Cette pièce ne fait pas un film ou une fiction.
Elle fait parler ce qui fut publié, documenté, tu, minimisé, oublié.
2) ARCHIVES comme langage
Cette collection :
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ne repasse pas par l’émotion gratuite,
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ne joue pas la violence pour “choquer”,
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raconte ce qui a été consigné, même de manière froide, bureaucratique, administrative.
Elle traite :
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titres de journaux,
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dates précises,
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événements reconnus dans diverses sources,
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récits construits,
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archives visuelles et typographiques.
C’est la désignation rigoureuse :
ce qui a été dit, ce qui a été fait, ce qui a été publié, mérite d’être exposé.
3) Moramanga 1947 : Symbolique et trace
Moramanga n’est pas seulement une ville —
c’est une empreinte historique écrite, datée, documentée, dont on peut établir une ligne temporelle visuelle et informative.
Cette collection :
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met en avant la rigueur des faits,
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expose la dissonance entre mémoire coloniale et mémoire collective,
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propose une lecture visuelle critique des archives existantes,
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fait de l’Histoire un actif politique et culturel.
4) Objectifs BlackArtist — ARCHIVES
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Réhabiliter la mémoire en donnant corps aux faits, pas seulement aux récits.
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Militer visuellement contre l’amnésie historique.
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Proposer des pièces qui sont des objets de mémoire, pas des produits éphémères.
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Transformer l’Histoire en acte de résistance visible.
5) Postface : ce que cette archive dit au monde
Les vêtements BlackArtist ne sont pas de simples objets. Ce sont des prouesses cognitives, historiques et critiques.
En portant une archive, on ne revendique pas seulement une esthétique — on active une mémoire.
